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French Quarter Festival 2018,
New Orleans, Louisiana

4 – Chroniques louisianaises

Une série de chroniques à suivre de Stéphane Colin, pour ABS Magazine, sur le French Quarter Festival 2018.

Le French Quarter Festival est un moment plus qu’un festival stricto sensu. Dans l’ombre du tentaculaire New Orleans Jazz Festival et de ses 600 000 spectateurs en deux week-ends déversés à distance sur l’hippodrome de la ville, le « petit » festival déploie ses scènes à même le Quartier Français. La musique distillée est variée mais purement locale. Il fait bon se promener au bord de Mississippi et passer d’une scène à l’autre, au rythme d’un déhanché de second line de Brass Band.

Un festival qui rend hommage aux musiques de la ville et auquel on avait envie en retour une fois encore de rendre hommage à sa manière vagabonde et décalée. Notes éparses sans réel lien, si ce n’est ce son local, son bricolage perpétuel et les réminiscences que chaque note, chaque coin de rue et chaque rencontre engendrent. Notes à Nola…

Vendredi 13 avril 2018

Voir sur scène le chanteur John Boutté est toujours un spectacle à part entière. Le petit bonhomme se tortille, grimace et cisèle dans l’instant un répertoire de standards qui, dans d’autres bouches, paraîtrait convenu. Rien de tel chez lui. « A Change Is Gonna Come », le classique de Sam Cooke, retrouve là des verdeurs rythmées par les branches feuillues des arbres qui bordent la scène. On est dans le jardin de Jackson Square, en plein cœur du Quartier Français.

Alentour, la saison touristique bat son plein en toute effervescence consumériste. Sous les injonctions de John, la verdure du lieu devient un havre de douceur, îlot suranné, alternative à la folie des hommes et de la tempête qui pointe. La trompette guillerette et gracile de Wendell Brunious, le soutien vocal plus que pertinent de la nièce et du neveu de John rappelle tout le poids familial dans la genèse musicale de la ville. Le grand frère de Wendell, son père et maintenant son neveu – Mark Braud qui ouvrait hier le festival au même endroit – ont tous été trompettistes du Preservation Hall. On ne peut que repenser aux grandes chanteuses, Liliane et Tricia, respectivement sœur et nièce de John, quand le chanteur égrène un Sisters de circonstance. La veille, à l’issue d’un duo trombonistique homérique avec Lep Arruti, Craig Klein, en présentant son jeune batteur de 23 ans, spécifiait que cet Andrew là devait être le seizième musicien professionnel de la famille en exercice (Trombone Shorty, James, Glen David Andrews…). Quelques heures après, Cha Wa, propre frère de la légende des Mardi Gras Indians Monk Boudreaux, prenait la grande scène du festival pour reprendre le parlé Indien traditionnel.

On pourrait presque égrener une liste des groupes par quartiers et familles. Quand Louid Ford entame un « When Your Smiling » à la clarinette du Preservation All Stars, on pense à son père Clarence, sax historique du Groupe de Fats Domino. En sens inverse, le quintet du pianiste patriarche Ellis Marsalis ramène à une période de groove bluesé que n’aurait pas renié Art Blakey et ses Jazz Messengers, groupe dans lequel les illustres rejetons Winton et Branford avaient effectué un passage remarqué, la vingtaine des années 80 tout juste dépassée…

Les souvenirs s’égrènent et se mélangent plus aisément que les galons de diesel répandu dans le Mississippi. Un rajout de caramel mal dilué dans des eaux troubles et brunes…

Une série de chroniques à suivre de Stéphane Colin, pour ABS Magazine,
sur le French Quarter Festival 2018.


Légende photo : John Boutté, au chant et tambourin, French Quarter Festival, New Orleans, 12 avril 2018

Crédit photo : Stéphane Colin