Posted by
Actualités

French Quarter Festival 2018,
New Orleans, Louisiana

2 – Chroniques louisianaises

Une série de chroniques à suivre de Stéphane Colin, président du MNOP, pour ABS Magazine sur le French Quarter Festival 2018.

Le French Quarter Festival est un moment plus qu’un festival stricto sensu. Dans l’ombre du tentaculaire New Orleans Jazz Festival et de ses 600 000 spectateurs en deux week-ends déversés à distance sur l’hippodrome de la ville, le « petit » festival déploie ses scènes à même le Quartier Français. La musique distillée est variée mais purement locale. Il fait bon se promener au bord de Mississippi et passer d’une scène à l’autre, au rythme d’un déhanché de second line de Brass Band.

Un festival qui rend hommage aux musiques de la ville et auquel on avait envie en retour une fois encore de rendre hommage à sa manière vagabonde et décalée. Notes éparses sans réel lien, si ce n’est ce son local, son bricolage perpétuel et les réminiscences que chaque note, chaque coin de rue et chaque rencontre engendrent. Notes à Nola…

Mercredi 11 avril 2018

Il y a quelques années, dans un après-Katrina immédiat, on s’était mis à regretter, devant Tom, notre logeur, le fait de ne pouvoir discuter avec Cosimo Matassa. Légende des premiers enregistrements de la ville dans l’après Seconde Guerre Mondiale. L’homme n’avait pas été pour rien dans l’éclosion du Rock and Roll et du Rythm and Blues de la ville. Little Richard, Fats Domino, entre autres, étaient passés par ses salles d’enregistrement pour graver l’histoire.

Une plaque commémorative dans un arrière-fond d’épicerie de Rampart Street transformé en laverie avait ravivé en nous des velléités de rencontre. Tom avait alors éclaté de rire : « Chaque matin, quand vous allez cherchez le lait à l’épicerie voisine, le vieux monsieur qui vous rend la monnaie, eh bien, c’est lui, Cossimo ! »

Le fait que nous étions dans la voiture en direction de l’aéroport pour le voyage retour n’avait fait que raviver les regrets. Par la suite, on avait suivi la fin de parcours de l’octogénaire à la personnalité haute en couleur refusant de prendre l’avion pour recevoir un Award à Los Angeles pour mieux profiter de la voie ferrée. Se retrouver devant l’épicerie quelques années plus tard ramène au sentiment de surplace assumé, de bricolage permanent et d’artisanat créatif consubstantiel de la musique et de l’esprit de la ville. Cossimo a depuis rejoint le paradis des producteurs de Rhythm and Blues et les enfants ont repris l’affaire. Seuls quelques T-shirts rappellent le glorieux passé. Pour le reste, le triporteur Matassa semble le plus à même d’assurer le service après-vente…

Le club Bamboulas n’est assurément pas le plus huppé du Frenchmen Street. Une concurrence de proximité rude et une programmation inégale ne fidélisent pas vraiment la clientèle. D’autant plus surprenant de retrouver là Mem Shanon. Vingt-six années se sont écoulées depuis une rencontre surréaliste au croisement Bourbon Street/St Peter Street et de l’intervention d’un policier qui trouvait qu’une discussion tranquille au beau milieu d’un des endroits les plus agités du monde, ça a forcément quelque chose de suspect… True detective en panthère rose, Peter Sellers en NOPD, gréât souvenir ! Depuis, le temps a fait son œuvre. L’ancien chauffeur de taxi reconverti en bluesman à la gloire éphémère a passé son tour à la roue de la fortune. Le regard est lointain et l’amertume palpable. Il n’empêche. Devant moins de vingt consommateurs, la grosse voix répond à une guitare dont chaque note est estimée à son juste poids. Un pauvre contexte pour un Memphis In The Morning pourtant digne de figurer dans n’importe playlist de soul ballads intemporelles.

Une série de chroniques à suivre de Stéphane Colin président du MNOP, pour ABS Magazine,
sur le French Quarter Festival 2018.


Légende photo : Matassa’s, New Orleans, Louisiana

Crédit photo : Stéphane Colin